Les maçons
Ce sont les bleus : les maçons, les bons à tout faire, à porter, à transporter, à nettoyer, à faire des heures sans compter, etc. Ils vont par deux : le chef (celui qui connaît la recette de la potion magique pour faire de bon béton, qui sait aligner les chiffres et les parpaings) et le bon à tout faire du chef (celui qui porte les seaux, les parpaings, celui qui lave, balaye, etc.) Ils se connaissent bien et sont indissociables tels les Dupont (quoi qu’ils ressemblent plutôt à Laurel et Hardi !)
Ils font le métier le plus salissant aux dires des autres (réflexion du charpentier : « toute cette poussière, je ne pourrais pas ! »). Ils sont les plus présents sur le chantier. C’est eux qu’il faut choyer, dont il faut admirer le travail, de façon à ce qu’il soit bien fait et que, s’il y a un défaut, ils acceptent d’y remédier !
Loin des clichés de l’ouvrier de 120kg, qui s’atèle à la tâche à 10 heures, fait une pause de 2 heures au déjeuner, puis fait la sieste pour digérer, nos maçons font un travail d’une qualité remarquable, sont discrets et d’une grande efficacité, ne rechignent pas à la tâche du lundi au samedi.
Ce sont deux ouvriers roumains (en situation régulière !) dont un diplômé de mathématiques : ça lui sert beaucoup, dit-il, pour calculer la portance des murs, la densité de la dalle ou le degré de solidité du béton = plutôt rassurant ! Il est orthodoxe et n’hésite pas à le dire quand il y a une fête religieuse qu’il veut respecter (notamment ses dimanches !). Jeune, 25 ans, il est grand, costaud, la chevelure bouclée blonde et le teint halé de l’homme qui prend le soleil dans les chantiers !
Il parle correctement français et nous explique qu’il est parti de son pays car en France, on gagne bien mieux sa vie. Il a de l’ambition et veut se mettre à son compte. Il sait construire une maison de haut en bas, des fondations à la charpente en passant par l’électricité. C’est un de ses ouvriers dont il faut garder bien chaudement les coordonnées car il est sérieux, efficace et travailleur.
Le deuxième n’est pas grand, les cheveux noirs avec une petite moustache. Il paraît freluquet, mais il ne faut pas s’y fier : il nous étonnera par sa force à plusieurs reprises. Il ne parle que peu français sauf pour dire « bonjour Madame, merci Madame » avec son sourire aux dents noircies par les cigarettes (jonchant le jardin) et gâtées par les kilos de sucre qu’il met dans son café… (c’est nous qui fournissons le sucre pour le café !).
Il est vite tombé en adoration devant notre fils, et au bout de 6 mois, il m’a confié qu’il a lui-même deux fils de 8 ans et 18 mois, qui sont au pays. Il m’a montré des photos qui m’ont totalement étonnées : ses fils sont deux beaux blonds, la bouille ronde et joyeuse, avec une vraie tête de russe ! Ils lui ressemblent tellement peu... Mais il a des trémolos dans la voix quand il en parle et les yeux qui s’embuent. C’est touchant.
Nous apprenons qu’il a travaillé en Allemagne ; il parle d’ailleurs mieux allemand que français et mon mari peut ainsi enfin parler avec lui. Nous découvrons que, dans son pays, il était cuisinier ! Comme quoi, le bâtiment est une savante cuisine !
Je comprends à présent pourquoi il a toujours de bons petits plats (chauds ou froids) mais si certains n’ont pas toujours l’air ragoûtant ! C’est seulement après 7 mois, après avoir fait des progrès en français, qu’il osera me demander de lui réchauffer son déjeuner.
Nous sommes aux petits soins pour eux : café le matin, barbecue le samedi en été, boissons fraîches l’après-midi, et un petit verre d’apéro, une ou deux fois, (« jamais pendant le travail »), avant de partir le samedi soir… Ils ont plaisir à retrouver notre chantier après la coupure de l’été, et, en septembre, quand ils commencent à aller certains jours sur d’autres chantiers, nous sentons qu’ils sont heureux de revenir chez nous !
D’ailleurs, le départ de notre « jeune chef de chantier » est un moment difficile. Nous nous étions habitués à sa présence « rassurante » car toujours plein de bons conseils pour nous autres les bricoleurs du dimanche ! Mon mari a beaucoup appris en le regardant, ce que notre jeune chef n’appréciait pas toujours car il est très susceptible. Mais il avait plaisir à prendre le rôle du professeur !
Nous avons donc ouvert le champagne pour le remercier de son travail. Nous gardons son numéro personnel en poche, espérant pouvoir lui demander de venir nous aider à avancer notre chantier.
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